sortez courir cascade

La course, la passion et le bonheur.

Il est 7h. Nous sommes dimanches matin. Sur le chemin qui mène au parc national de la Mauricie, je me demande si je ne devrais pas retourner à la maison, mais ma passion de la course me retient. Mon entraînement de vendredi soir a été tellement « intense » (lire mon blog sur l’intensité), que j’ai encore de la difficulté à m’asseoir tellement je suis courbaturé. Comme je suis déjà en route, je conviens avec mes jambes de faire quelques km et si cela devient trop douloureux, je rebrousserai chemin.

J’arrive au départ du sentier Mékinac. Selon moi, ce sentier est probablement le plus beau du parc national de la Mauricie ( si vous voulez voir les sentier cliquez ici). Les premiers pas de course sont difficiles. Douloureux. Je prends mon temps, fait quelques étirements et avance doucement.

La température est fraîche. J’installe mes écouteurs et choisi 2cellos.( écoutez en lisant, ça vaut la peine) J’atteints une vitesse de croisière agréable. Le sol est humide car il y a eu de la pluie durant la nuit. L’odeur est enivrante. Rappelez-vous cette odeur particulière qu’il y a dans le bois après une averse. J’arrive à un premier point de vue. La rivière St-Maurice est calme. Je continue. Descente pour arriver à un pont flottant. Le pont flotte sur une petite rivière qui se jette dans la St-Maurice. Je prends une pause sur ce pont et au même moment un grand héron s’envole à quelques mètres de moi. Il se pose juste un peu plus loin, probablement pour me dire que je l’ai dérangé.

Première montée. Rien de trop brutal et compte tenu de mes cuisses, je décide de ne pas pousser. Arrivé en haut, mon cœur bat encore doucement et je peux courir sans avoir à reprendre mon souffle. Et là, le temps ralenti. Mon souffle se calme. La musique est bonne, le sentier est facile. Je cours.

C’est dans ce genre de moment qu’on touche le bonheur. Sans pression, sans temps ni position. Le soleil filtre à travers le feuillage pour laisser passer de timides rayons. Les gouttes d’eau retenues par les toiles d’araignées miroitent. Une légère brume s’évapore ce qui donne une impression surnaturelle au sentier. Les aiguilles de pin au sol absorbent mes pas et cette odeur particulière remplie l’atmosphère.

Je cours. Je ne suis pas le meilleur ni le plus rapide. J’ai couru sur la route et dans le bois. J’ai couru des marathons, des ultras-marathons, mais aussi fait de l’athlétisme et performé dans les courtes distances. J’ai couru dans le désert et la jungle. Mais vous savez, ce matin, on s’en fout. Je cours et c’est tout. Je suis libre.

La passion?

Certaines personnes jugent les gens passionnés. Rapidement, lorsqu’on sort de la « normalité », des étiquettes nous sont associées. Excessif, déséquilibré, tu ne pourras pas faire ça toute ta vie. Tu te blesseras ou pire, tu ne marcheras plus lorsque tu seras plus vieux. Peut-être. Et puis?

Mais ce moment de bonheur, ce sentier, cette musique, c’est magique.

Je cours. Je suis un coureur. Passionné. Je ne suis pas un marathonien ou un ultra-marathonien. Je ne suis pas un athlète ou un fou. Je suis un coureur passionné qui parfois, dans des moments comme ce matin, peut goûter le bonheur. Peut croquer dedans. Vous êtes passionné de peinture, de musique, de mécanique ou de lecture? Vous y toucher probablement aussi parfois.

Je continue ma course. Je redescends et passe sur le bord d’une cascade. De toute beauté. La rivière descend sur 2 gros rochers en formant de petites chutes pour tourner ensuite à 90 degrés. On peut donc se rafraîchir au pied de celle-ci, ce que je fais.

Mon pas s’accélère. La vitesse augmente. Je flotte sur les racines et les rochers. Je souris, seul, comme un con. Je me retiens pour ne pas crier tellement le moment est intense. Je sais que le sentier se termine bientôt et j’ai les jambes qui me supplient d’aller plus vite. J’accepte. Le temps, lui, n’a pas accéléré. Cette étrange sensation fait en sorte que j’anticipe les obstacles avec une fluidité déconcertante. Je mets le pied au bon endroit et au bon moment sans avoir à calculer. Facile.

Je fini ma course avec un sourire béat aux lèvres, de la boue plein les mollets et le gilet tellement mouillé que je dois le tordre avant de le ranger.

En arrivant à la maison, les garçons écoutent la télé, ma gazelle me propose un café et mini-gazelle arrive en courant pour me donner un bisou et me dit : papa, papa, maman et moi on fait un pain aux pépites de chocolat.

Ça aussi c’est le bonheur.

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