traversée présidentielle

La traversée présidentielle, la peur et les limites…(fin de l’histoire)

Tout a commencé par un article dans la revue de plein air ESPACE . Un article que la traversée présidentielle, une randonnée de 30km reliant 7 sommets de plus de 4000 pieds dans les montagnes blanches, dont le mont Washington. Le tout avec un dénivelé de 9 000 pieds environ. Beau défi! ( voir mon texte sur la peur) Je me lance donc dans le projet avec beaucoup d’excitation et un peu de stress.  Voici le récit de l’aventure.

Une fois l’étape de la préparation et de la logistique terminée, j’embarque son mon vélo à moteur pour me rendre à Gorham, une petite ville au nord des Whites Mountains. Une magnifique balade à partir de la frontière, où je circule dans des chemins de campagne, dans la forêt, le tout sur des routes sinueuses à souhait. Digne d’une publicité de moto!

J’arrive à destination, devant ces majestueuses montagnes. Je m’installe rapidement dans ma chambre (pas payée trop cher) et ensuite, je vais marcher. Une rue principale traverse la ville sur laquelle des pick-up et des VTT partage la route. Beaucoup de randonneurs marchent sur le trottoir, des randonneurs qui reviennent d’une journée en montagne. Un magasin de plein-air, quelques restos et un parc au centre de la ville qui sert de marché municipal en fin de journée. Définitivement, je suis dans un autre monde! Il est 17h30, les magasins sont fermés et beaucoup de gens sont installés dans leurs chaises pliantes à regarder un match de soccer sur le terrain situé à côté du parc. Je m’arrête pour observer ce match mais en réalité, ce sont plutôt les montagnes en décor de fond qui attirent mon œil. Je vais ensuite souper dans un petit pub, où je rencontre 2 personnes de Montréal, Catherine et Robert (je crois) avec qui je discute un peu. On parle sport et moto. Lorsque je leur explique mon projet, je me sens fier et excité de relevé ce défi. Je fini de souper et retourne à la chambre.

Le lendemain à 7h comme convenu, Dan est dans le stationnement et m’attend. Il m’annonce que ce sera froid et venteux une fois en haut. Il me laisse sont numéro de cellulaire et me dit de l’appeler si je suis mal pris, il y a du réseau à quelques endroit sur les montagnes. Wow! Chic type!

C’est un départ. Premier constat, je suis habillé trop chaudement.

Le sentier est beau, et bien défini. Ma cadence est d’environ 6km/h. Malgré le fait que je ne puisse courir autant que je l’aurais souhaité, j’avance à une vitesse qui me permet d’espérer relever mon défi dans un temps raisonnable (10-12h). Mon objectif est de monter en haut de Madison, la première montagne, en 1h30.

Un peu plus haut, le sentier devient plus rocheux. Cela ralenti ma progression. Le moral est toujours bon, les cuisses vont bien et malgré mon souffle un peu court, je suis toujours confiant.

Première erreur, il en restait BEAUCOUP plus long que mon évaluation!!!

Je continue de monter. La température diminue et le vent augmente. Je dépasse la ligne des arbres et suis maintenant dans les nuages. Je suis capable de voir les indications en suivant les Cairns, ces amas de roches qui nous tracent le chemin à suivre. Par contre, je ne vois plus en bas. La température chute. Le vent est mordant et assez intense. Ma confiance diminue et la peur commence à apparaître.

Parlons de la peur.

La peur est un sentiment de protection. Lorsque l’on ressent ce sentiment, c’est habituellement parce que nous vivons une situation que l’on considère dangereuse. Je connais cette définition et connais ce sentiment. Je prends donc quelques minutes en m’abritant du vent au pied d’un rocher et tente de rationnaliser ma peur. Je tente de trouver ce qui me rend mal à l’aise. Ai-je peur de me perdre, de me blesser ou de geler? Une fois le bilan fait, je me dis que je vais continuer un peu et voir ce qui se passera.

Oups, erreur, je n’étais pas encore en haut de Madison. Je réalise qu’il me faut encore monter à travers le nuage. Il vente de plus en plus et je suis exposé, avec moins de protection.

madison

Le sommet est invisible…

Les rochers sont gelés donc glissants, ce qui ralentit encore plus la progression. Je suis rendu à 2km/h. À cette vitesse, impossible de franchir 30km en 12 heures! À 2 reprises, des bourrasques me poussent et je tombe. Aucune blessure, mais je suis affecté. Soyons honnête, j’ai la trouille. ( vous remarquerez sur cette vidéo et la suivante le côté gauche de mon visage qui commence à geler!)

Je fini par atteindre le sommet.

Après une (pas si longue) réflexion, je décide de revenir sur mes pas au bas de la montagne. Je ne crois pas que continuer soit une bonne idée. Mon égo aimerait bien que je continue, que je n’abandonne pas. Cependant, je n’arrive plus à rationnaliser ma peur. Je ne suis pas terrifié ou en détresse, mais cet inconfort ne veut pas partir.

La glace sur les Cairns

J’amorce donc ma descente doucement pour ne pas glisser. Et plus je descends, plus la pression sur mes épaules disparaît. Je vous confirme que je SENS la pression diminuer! Une fois rendu sous les nuages, la vue est magnifique. J’en profite pour prendre quelques minutes…

Ai-je pris la bonne décision? Probablement qu’en fonction de MES capacités, c’était la bonne décision à prendre. Un panneau me le confirme!

Rendu au pied de la montagne, je suis plus en paix avec mon choix. Il ne me reste plus qu’à retourner à l’hôtel.

C’est finalement Claude St-Onge, un américain retraité, qui m’embarque. Le mec est un ancien Kinésiologue qui passe ses fins de semaines à prendre les randonneurs sur le pouce et les amener à destination. Il est heureux d’aider, de se faire raconter des histoires de toute sorte de la part de gens qui proviennent de partout aux États-Unis pour faire l’Appalachian Trail qui passe dans ces montagnes. Il me laisse une carte et me dit que si j’y retourne l’an prochain je n’ai qu’à l’appeler et il me fera un lift! Je lui laisse 20$ pour le remercier et qu’il mettre de l’essence dans son gros pick-up. Il ouvre un compartiment dans son appuie bras, me montre plein de billets allant de 5$ à 20$ et y dépose le mien. Il m’explique que lorsque des randonneurs sont mal pris et qu’ils ont besoin d’argent, il pige dans ce compartiment pour les aider, donc mon argent servira à cela. Wow, on aurait besoin de plus de Claude St-Onge sur cette terre!!! J

Alors voilà l’aventure dont je dresse un bilan relativement positif. Peut-être que j’aurais dû continuer et peut-être que j’aurais réussi. Peut-être que j’aurais dû dépasser cette limite que la peur m’a imposée et que ce n’était qu’une question de perception. Mais tout compte fait, j’ai respecté ma limite…

 

carl

 

 

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