après-marathon

La réalité des premières journées suite à un marathon: l’après-marathon.

Vous êtes à 250 mètres de l’arrivée. Vous hésitez entre l’idée de crier, de pleurer, de danser ou d’effectuer le dernier sprint, ce sprint qui vous fera sentir comme un guerrier, même si il n’enlèvera que quelques secondes à votre temps final. Ce que vous ignorez peut-être, c’est dans 250 mètres une fois le pied sur la ligne, vous vivrez le début d’une nouvelle aventure : l’après-marathon.

J’ai fait quelques marathons, parfois petits parfois gros et certaines situations se présentent invariablement suite à la réalisation de ce genre de défi. Selon l’entraînement et l’expérience de course que vous avez, vous le vivrez possiblement aussi après votre premier 21,1km.

Lisez bien la suite. Vous pouvez évidement le prendre avec un grain de sel un peu caricatural, mais vous verrez que je ne suis pas trop loin de la vérité, j’ai expérimenté!

Avancez vers l’arrière!

Premièrement, lorsque vous franchirez la ligne d’arrivée, un gentil bénévole vous suggèrera de continuer à avancer pour libérer le passage. Pas trop le temps de savourer avec 500 coureurs finissant eux aussi, qui vous poussent au derrière et qui veulent aller chercher leur médaille! Je ne saurais dire pourquoi, mais les coureurs ont tous l’espérance que de franchir la ligne d’arrivée sera un moment, une minute merveilleuse, gravée à jamais dans leur mémoire. Vous espérez que les gens vous féliciteront, que vous serez pendant quelques secondes le héros du moment. Vous imaginez les feux d’artifices, les applaudissements, la joie, les confettis…mais il n’y a que ce sympathique bénévole qui vous demande d’avancer. Ne vous en faites pas, la magie opèrera plus tard.

Vous avancez, tentez de récupérer une médaille et faite la file pour sortir de l’enclos. Vous perdez de vue votre conjointe, qui vous attend tout sourire avec une larme de fierté à l’œil, car elle sait ce que vous avez fait comme effort pour franchir cette fameuse ligne. Vous devenez un peu anxieux car à travers la foule, elle demeure invisible. Vous continuer d’avancer, passez par les tables de ravitaillement où des hommes et des femmes ressemblant à des morts-vivants prennent une banane, une barre tendre et un yogourt, tout cela à la vitesse d’une tortue pas pressée. Vous portez fièrement votre médaille, mais le sel de votre sueur se mélange au ruban de celle-ci et vous irrite déjà le cou. Mais jamais vous n’enlèverai cette médaille si durement gagnée!

Elle vous a quittée pour de plus mollets?

Vous finissez par sortir de l’enclos avec votre assiette, votre sourire et vos mamelons irrités. Le cœur léger mais les jambes pesantes. Pas de conjointe. Vous remarquez que les gens sont en groupe, mais vous êtes fin seul, comme une crevette dans le désert. Vous avancez un peu en espérant apercevoir votre amour. Après quelques minutes d’angoisse pendant lesquelles vous croyez qu’elle est partie avec un coureur ayant de plus beaux mollets que vous, elle apparaît. Oufffffff.

Elle s’intéresse à votre course, à votre état, vous félicite et va même jusqu’à vous embrasser! Ça c’est l’amour (vous venez de courir quand même 42,2km  avec tout ce que cela comprend comme sueur et odeur!). Ensuite vous repartez doucement, très doucement jusqu’à votre voiture. Quelle bonne idée vous avez eu de vous stationner le plus loin possible pour ne pas être pris dans le trafic après votre course.

Shopping?

Rendu dans l’auto, votre conjointe d’un ton doux et légèrement mielleux vous demande si cela vous dérangerait d’aller magasiner un peu dans l’après-midi. « Tsé, vu qu’on ne vient pas souvent ici ».  Évidemment votre premier réflexe serait de hurler NOOOOOON! Vos cuisses, vos pieds, tout votre corps rejettent cette demande unanimement! Mais quelque part au fond de vous, il y a la raison qui vous chuchote à l’oreille : « Heille champion, ça fait 18 semaines que tu t’entraîne et qu’elle t’encourage, qu’elle se tape toute la job du dimanche matin à la maison et qu’elle est seule avec les enfants à toute les fois que tu vas courir. » Vous lui répondez alors qu’il n’y a pas de problème, que c’est une bonne idée d’en profiter mais qu’il est possible que vous marchiez plus lentement que d’habitude.

De retour à la maison complètement exténué, vous ouvrez cette bouteille de vin spéciale que vous aviez achetée pour l’occasion pour savourer avec un bon repas. Le vin est bon, mais vous préférez l’eau qui semble ne jamais être capable d’étancher votre soif. Une bouteille de piquette aurait probablement été aussi appréciée.

Après souper, vous vous assoyez, très difficilement, avec votre conjointe et vos coupes de vin respectives, pour visionner le film que vous aviez prévu écouter en amoureux. Seulement 15 minutes plus tard, vous annoncez votre départ pour le lit, accompagné d’une haine profonde envers la volée d’escalier qui mène au 2ème étage où se trouve votre chambre. Lorsque votre corps se met en mouvement, vous réalisez que courir un marathon n’était peut-être pas une si bonne idée. Vous vous demandez même si vos jambes vous ont déjà faites aussi mal. Attendez demain!

Jour 1 d’après-marathon

Après une nuit agitée avec quelques crampes, votre réveil est brutal. Vous comprenez le sens du mot douleur. La routine matinale est un peu plus lente que d’habitude et les déplacements que vous preniez pour acquis revêtent maintenant un nouveau défi. Comment avancer, monter, s’asseoir ou descendre, le tout en évitant d’avoir  des spasmes et des crampes dans les mollets et les cuisses. Même si vous n’y croyez pas à ce moment précis, vous savez que cela passera…un jour.

Une fois arrivée au travail, vous serez confrontez à quelques petites perles de discussions.

Il y a Pierrette, la charmante dame de la réception qui vous félicite dès votre entrée dans les bureaux. Elle vous demande comment a été votre course car vous lui en aviez parlé la semaine dernière. (La question est plutôt de savoir à qui n’en aviez-vous pas parlé au bureau? Vous avez même remarqué que quelques personnes semblaient vous éviter quelques jours avant votre premier marathon…bizarre…) Donc Pierrette, après vous avoir félicité pour votre course, vous raconte que son petit-fils aussi court des marathons. Il est au primaire et cours des marathons de 5km. Elle vous demande ensuite de quelle distance était le vôtre. Vous lui répondez 42,2km et vous comprenez à son regard que Pierrette est vraiment gentille et attentionnée, mais qu’elle n’a aucune idée de ce que représente 42,2km. Profitez-en car cette marque de gentillesse spontanée sera doucement assombrie un peu plus tard par les « connaisseurs ».

Il y a votre collègue, celui qui flotte entre la vraie relation d’amitié et la bonne camaraderie au travail qui vient vous voir. Lui vous pose des questions plus techniques sur votre temps, le parcours, les difficultés rencontrées et les détails de votre course. Il connaît votre passion et prends le temps de vous laisser raconter votre histoire et être le héros du moment. Il commence même à songer à s’y mettre!

Le ciel s’assombrit

Il  a Fred, le redneck. Lui ne connaît absolument rien à la course et espérait même un peu que vous ne passiez pas le fil d’arrivée. Ses 2 questions sont toutes prêtes : « Tu l’as fait en combien de temps? As-tu marché?». Peu importe le temps que vous lui donnerez, il vous parlera assurément de sa belle-sœur qui a couru son dernier marathon en moins de temps que vous et qui n’a pas marché du tout, même pour prendre de l’eau. Vous saviez que sa belle-sœur pratiquait la course à pied, mais n’aviez jamais entendu parler de temps et de résultats auparavant. Un petit nuage passe sur votre journée de médaillé. (En revenant de travailler, vous irez sur Facebook ou les sites de course pour voir les résultats de la dite belle-sœur et évidemment ne trouverez rien). On ne s’en fait pas avec Fred.

Il y a aussi Marie-Jo. LA coureuse. Celle qui gambade, soufflée par le vent même quand il n’y a aucun vent, qui vient vous féliciter. Elle était aussi du marathon et a terminé 30 minutes avant vous. Elle est totalement sincère, contente pour vous et s’intéresse à votre course. Elle sait les efforts et les défis qu’une telle course demande. Lorsqu’elle vous quitte avec le vent dans les cheveux  et toujours en gambadant comme si elle avait simplement joué une partie de ping-pong la veille, vous êtes un peu gêné, un peu jaloux et un peu déçu . Secrètement vous auriez aimé avoir un meilleur temps et peut-être même la battre, dans une compétition saine.

Vous passerez le reste de la journée à voguer entre la douleur, la fierté et les sites internet pour trouver des photos de vous lors de la course. Vous tenterez aussi de comparer vos résultats à vos potes qui ont pris part à des marathons dans le passé, histoire de vous situer par rapport à eux. C’est normal.

La journée passera et une fois dans votre lit le soir, vous maudirez ce fameux marathon, serez un peu déçu de votre temps et ressasserez les commentaires plates de la journée. Demain sera un meilleur jour.

Jour 2 d’après-marathon

PIRE!!! C’EST PIRE!!! Comment peut-on avoir plus mal que la veille?!?! Le jour 2 post-marathon sera rempli des mêmes discussions avec d’autres collègues, parfois agréables parfois moins. Mais n’oubliez pas que courir un marathon est un exploit, mais aussi un geste que peu de gens peuvent ou veulent tenter de comprendre. Beaucoup de gens se demandent pourquoi se faire chier à courir 42,2km en troupeau et payer pour cela, pour ensuite marcher comme un canard! Et j’exagère à peine!

Les jours passent

Les jours passent, la douleur disparaît et la vie reprend son cours. Vous avez acheté vos photos beaucoup trop chères sur le site internet de l’organisation, mais qui vous font un merveilleux souvenir. Votre médaille est accrochée à la vue et vous flirtez avec l’idée de sortir courir un petit 5km pour vous dégourdir. L’euphorie est passée, la routine revient tranquillement.

En réalité.

Courir un marathon est un exploit. Courir un marathon est une aventure qui débute la journée où l’on décide de s’entraîner pour cette distance et se termine lorsque la médaille est accrochée au mur et que la démarche est redevenue normale. Mais courir un marathon est un geste personnel. Malgré la mode associée à la course à pied, malgré les publicités, malgré les groupes sur les médias sociaux et malgré votre entourage, le marathon restera toujours une aventure intérieure où l’on apprend sur soi. On apprend à gérer le avant pendant la préparation, le pendant lors de la course, le après lors de l’après-marathon. On apprend sur nos limites physiques et psychologiques, nos émotions, nos capacités et notre entourage! C’est une école merveilleuse que le marathon.

Finalement la chose la plus importante selon moi, c’est que peu importe le temps de course, peu importe la douleur qui suit, peu importe si vous marchez pendant la course, les commentaires des collègues ou la position dans le classement, vous êtes maintenant une marathonienne ou un marathonien et gageons que vous recommencerez!

 

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2 réflexions au sujet de « La réalité des premières journées suite à un marathon: l’après-marathon. »

  1. Tout à fait d’accord, j’ai manqué mon premier départ suite à une blessure quelques jours avant la course. Je me suis remis à l’entrainement à la mi-saison et j’ai pu me présenter au départ d’un marathon à l’automne en compagnie de mes amis. WOW quel moment magnifique pour la fierté personnelle. Oui j’ai attrapé la passion et je continu à m’entrainer pour pouvoir à nouveau réaliser cet exploit un petit pas à la fois.

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