Ce que la course à pied apporte

Ce que la course à pied m’apporte.

Hier, j’avais comme projet d’aller courir sur l’heure du midi. Évidemment comme ça arrive dans la vie, suite à une rencontre qui s’est étirée, j’ai malheureusement annulé mon projet de course par manque de temps. En arrivant chez moi, je me suis promis que je recommencerais à me lever tôt, car c’est le seul moment dans la journée où aucune raison n’est valable pour manquer l’entraînement. Vous vous rappelez des pointes de vents ce matin? Lorsque le cadran a sonné, il ventait tellement à l’extérieur que j’avais peur que les fenêtres se brisent. Bon j’exagère un peu, mais pas tellement!

Bref, je me lève, m’habille. Soudain, l’appel du lit est si fort que je me recouche. Juste pour voir. Entre l’idée d’aller se faire geler ou se cacher sous la couette, le choix serait si simple! Mais la veille, j’ai pris une décision : celle de me lever pour aller courir. Je me lève donc à nouveau. Encore plus difficile que la première fois. Je me rends à la cuisine, prends un verre de jus en écoutant le vent me hurler : reste donc chez vous Esti de malade. Je fais abstraction de la poudreuse balayée sous la lumière de rue et installe mes écouteurs. Je pars.

Je serais tenté de vous dire qu’une fois parti, ce fut facile et agréable. Mais soyons honnête : ce fut une de mes sorties les plus désagréables et ce depuis longtemps. Mon corps n’étant plus habitué à fournir un effort à cette heure si matinale, le froid, le vent, la noirceur, la poudrerie, tout était en place pour une sortie de merde et ce fût le cas. Je suis arrivé à la maison, j’ai préparé les lunchs, fait déjeuner les enfants, pris ma douche pendant que ma douce prenait le relais (la routine habituelle) et ensuite je suis allé attendre l’autobus avec les plus grands. C’était frette. Pas froid : frette. Ensuite direction boulot.

Jusque là, rien d’extraordinaire. Juste la vie d’un père de famille qui se donne un rendez-vous obligé avec la course.

Là où ça devient intéressant, c’est ce midi. Seul dans la cuisine, je me demande qu’est-ce que la course m’apporte. Pourquoi se donner autant de misère à courir, dans un contexte pas toujours idéal, quand ce serait si facile de passer son tour. Voici donc des raisons pourquoi je cours, pourquoi j’ai fait toutes sortes d’épreuves de course et pourquoi la course est selon moi un sport tellement bien adapté aux parents que nous sommes, aux personnes occupées qui grattent les minutes d’une vie bien remplie et un sport bien adapté aux gens qui veulent investir dans leur santé physique mais aussi mentale.

La course m’apporte une forme physique acceptable. Mon cœur est en forme, mes jambes sont fortes et je ne prends pas trop de poids. Je monte les escaliers sans être essoufflé et je suis capable de me pencher pour attacher mes souliers sans rester pris en bas. Vous pensez que j’exagère? Regardez autour de vous les gens qui approchent 40 ans. Oui, certains sont en bonne condition physique et c’est ce que nous souhaitons comme société, mais quelques-uns devraient faire un constat honnête sur le champ!

Je peux courir avec mes enfants, pour jouer (ou les attraper selon le cas), et suis capable de courir en tenant le vélo de mes plus jeunes lorsqu’ils se pratiquent à rouler sans les petites roues.

Lorsque je passe devant un miroir, je rentre un peu la bedaine et je me dis : pas pire pour un père de famille!

Mais surtout, c’est au point de vue psychologique que les bénéfices sont majeurs. Tout d’abord, pensez-y : à part le moment de la journée où vous « séjournez » à la salle de bain, à quel moment avez-vous du temps seul avec vous-même? D’ailleurs, je vous confirme qu’avez 4 enfants, même ces « séjours » à la salle de bain sont parfois interrompus. La course permet de faire le vide, de faire le point avec soi-même, de penser à soi. Rien d’égoïste, simplement un besoin normal!

La course oblige aussi à la rigueur et la discipline. Vous savez que si vous voulez atteindre l’objectif, vous devrez vous entraîner. Suivre le plan et sortir même quand c’est moins tentant. Pas de discipline, pas de résultats! Et cette discipline se répercute souvent sur le reste de votre vie. Moins de procrastination, souvent vous finissez par réaliser que vous effectuez des tâches moins agréables de la même façon que vous gérer un entraînement moins tentant. On le fait et on passe à autre chose par la suite.

La course vous apprend à tolérer l’inconfort. Les courbatures vous font moins peur. Une ampoule au pied ne vous empêche plus de fonctionner et une crampe au mollet ne nécessite plus les cris et les larmes de jadis. La pluie n’est plus l’ennemi, la neige vous fait voir la beauté de l’hiver et la sueur dans vos yeux ne vous rend plus aveugle. On s’essuie avec la manche du gilet et hop, on continue.

La résilience. Faite le bilan de votre dernière année d’entraînement. Toutes les sorties difficiles, tous les combats avec le cadran, la température sous zéro mais aussi les canicules. Les ampoules, les bobos, les défaites et la douleur. Maintenant, lorsque survient une difficulté, vous vous rappelez cette dernière année et le problème de la vie auquel vous faites face n’est plus une montagne. Simplement une petite colline que vous allez gravir parce que vous savez que vous êtes capables de plus. Vous l’avez déjà fait lors d’un entraînement ou d’une course particulièrement exigeante. Vous prenez votre expérience et la transposée à dans d’autres sphères de votre vie en vous disant, je suis capable!

La course ramène l’équilibre dans une vie qui roule à 100 à l’heure! Vous êtes survoltés. Les devoirs, les bains, le travail, les rendez-vous. Une fois dans cette roue infernale, il est difficile de faire une pause ou simplement ralentir la cadence. Mais vous sortez courir simplement pour un entraînement mollo et tout se calme. Vous ne pouvez pas sprinter sur 5km! Donc vous êtes obligés de ralentir cette fameuse cadence. Vous réalisez au bout de quelques minutes que vous êtes perdus dans vos pensées et le calme se faufile doucement dans vos veines. De retour à la maison, en plus d’avoir libéré cette tension, l’endorphine fait son œuvre et vous vous sentez BEAUCOUP plus serein!

Courir sert aussi à donner l’exemple! Lorsque vous revenez à la maison et que votre enfant se réveille en vous disant : papa, pourquoi tu es allé courir ce matin? Vous lui répondez tout simplement : pour être en forme et me sentir bien! Que voulez-vous de plus comme exemple à donner à vos enfants? Les tablettes et jeux vidéo ne disparaissent pas, les chips et les bonbons sont toujours aussi attirant pour eux. Mais vous donnez un modèle qui, jour après jour, devient normal pour vos enfants. Lorsque vient le temps de leur dire qu’il est important de jouer dehors ou de faire du sport, vous êtes crédible en plus! Une expression populaire dit : faut que les bottines suivent les babines…

Donc ce soir, je fais le retour sur ma course de ce matin et suis content d’être sorti, malgré le froid, le vent et la noirceur.

Je sais également que terminant ce texte, vous serez probablement d’accord et demain matin, lorsque le cadran sonnera, ce sera toujours aussi pénible, mais vous saurez pourquoi vous sortez courir, peu importe votre distance ou votre vitesse…

 

Carl

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